Jean Brusselmans : première grande rétrospective depuis 1980 à Bozar

Le Palais des Beaux-Arts consacre une exposition exceptionnelle au peintre belge Jean Brusselmans, rassemblant 120 œuvres dans la première rétrospective majeure depuis 46 ans. Une occasion rare de découvrir l'artiste qui privilégiait forme et couleur.

Audrey Janssens

2 min de lecture

106066632.jpeg

Jean Brusselmans : première grande rétrospective depuis 1980 à Bozar

Né à Bruxelles le 13 juin 1884 et décédé à Dilbeek le 9 janvier 1953, Jean Brusselmans demeure largement méconnu en dehors de la Flandre et des cercles artistiques. Pourtant, cet artiste au parcours singulier a développé une œuvre abondante tout en luttant pour sa subsistance durant toute son existence. Bozar lui rend aujourd'hui hommage avec une rétrospective d'envergure intitulée Jean Brusselmans. Peintre par nature, qui réunit environ 120 œuvres — la première exposition majeure de cette ampleur depuis 1980.

Un parcours artistique singulier

Formé initialement comme lithographe avant d'étudier à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, Brusselmans y rencontra vers 1907 Rik Wouters, avec qui il partagea un atelier. Cette période marqua le début d'une trajectoire artistique résolument personnelle. Bien qu'on l'associe souvent à l'expressionnisme flamand, l'artiste refusa systématiquement de s'inscrire dans un quelconque mouvement, poursuivant une démarche hautement individuelle.

En 1924, Brusselmans s'installa définitivement à Dilbeek, banlieue à l'ouest de Bruxelles, où les paysages de la campagne brabançonne devinrent les sujets principaux de son travail. Qu'il se consacre au paysage, au portrait ou à la nature morte, ce sont d'abord les formes et les couleurs qui semblent lui importer, bien plus que le sujet lui-même.

Une approche formelle distinctive

L'exposition actuelle permet de constater cette approche distinctive : on peine à déceler la moindre trace d'émotion dans une œuvre où les visages des personnages sont souvent à peine esquissés, les corps figés — même en plein vol — et les paysages disposés sur la toile comme autant d'éléments soigneusement agencés. Cette apparente froideur formelle témoigne d'une recherche esthétique où la composition prime sur le sentiment.

Bozar entretient une longue histoire avec l'artiste. Le Palais des Beaux-Arts lui consacra une dizaine d'expositions au cours du XXe siècle, la dernière datant de 1979. Cette nouvelle présentation, qui se déroule du 2 octobre 2026 au 31 janvier 2027, propose en outre des dialogues inédits avec des contemporains tels que Piet Mondrian, Constant Permeke et Fernand Léger, offrant des perspectives nouvelles sur l'œuvre de Brusselmans.

Une reconnaissance posthume

Paradoxalement, celui qui éprouva tant de difficultés à vendre son travail de son vivant est aujourd'hui reconnu posthume comme l'un des peintres belges les plus importants du XXe siècle. Cette reconnaissance tardive souligne la singularité d'un artiste qui, à rebours des modes et des écoles, traça obstinément sa propre voie.

L'art courait dans la famille : son frère cadet Michel Brusselmans (1886-1960) fut compositeur, remportant le Prix de Rome en 1911 après ses études au Conservatoire royal de Bruxelles. Cette double vocation artistique dans une même fratrie témoigne d'un environnement propice à la création.

L'exposition bruxelloise offre ainsi une occasion exceptionnelle de redécouvrir un maître discret de la peinture belge, dont la quête obstinée de la forme pure et de l'équilibre chromatique mérite largement cette mise en lumière après près d'un demi-siècle d'absence des cimaises de Bozar.

Bande dessinéeMusées de BelgiqueBruxelles
← Retour à Arts Plastiques