Ottawa prépare une nouvelle stratégie de sécurité nationale, la première depuis 2004

Le gouvernement de Mark Carney s'apprête à présenter sa stratégie de sécurité nationale. David Morrison, conseiller de haut rang auprès du premier ministre, espère une publication d'ici une à deux semaines, sans annoncer de date ferme.

Sophie Vandenberghe

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La sécurité économique parmi les priorités

Devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes, en début de semaine, David Morrison a expliqué que le texte devait renforcer les moyens du Canada face aux menaces pesant sur sa sécurité. "Dans un monde de plus en plus tumultueux, tous les risques ont augmenté", a déclaré le conseiller principal du premier ministre en matière d'affaires diplomatiques et internationales.

L'espionnage, le terrorisme et l'ingérence étrangère devraient figurer parmi les sujets traités. Le document doit aussi aborder la protection de l'économie canadienne, alors que les alliances et les échanges commerciaux évoluent dans un environnement instable.

Mélany Gauvin, porte-parole du Bureau du Conseil privé, indique que la stratégie "adoptera une approche impliquant l'ensemble de la société". Son élaboration repose sur des contributions gouvernementales et extérieures au gouvernement. Elle accordera davantage de place à la sécurité économique et précisera comment le Canada entend accroître son autonomie stratégique pour défendre ses intérêts nationaux.

Cette orientation figurait déjà dans des documents préparés en février 2026 pour le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, rapporte La Presse, qui relaie La Presse Canadienne. Ces notes prévoyaient de renforcer l'autonomie et la résilience du pays pour lui permettre de faire face à des changements imprévus. Elles annonçaient aussi que la stratégie reconnaîtrait, pour la première fois, le rôle central de la sécurité économique dans la sécurité nationale.

Un examen des capacités de renseignement à l'étranger

La préparation du texte coïncide avec un examen parlementaire des activités canadiennes de renseignement à l'étranger. Selon La Presse et La Presse Canadienne, la commission parlementaire sur la sécurité nationale et le renseignement en évaluait l'efficacité en septembre 2026.

Les travaux de cette commission sont confidentiels. L'examen avait été annoncé dans un bref communiqué en juin 2026. La future stratégie pourrait, de son côté, préciser les besoins du Canada en matière de renseignement.

Des engagements déjà annoncés dans la défense

Le gouvernement a également présenté plusieurs engagements en matière de défense cette année. Le 17 février 2026, Mark Carney a lancé à Montréal la première Stratégie industrielle de défense du Canada. D'après le Cabinet du premier ministre, celle-ci prévoit sur dix ans 180 milliards de dollars pour les achats militaires directs et 290 milliards pour les infrastructures de défense et de sécurité. Elle prévoit aussi la création de plus de 125 000 emplois bien rémunérés.

Le 26 mars, le premier ministre a annoncé que les dépenses de défense canadiennes avaient atteint l'objectif de l'OTAN fixé à 2 % du PIB, soit cinq ans avant l'échéance prévue par le gouvernement précédent. Il a également indiqué que le Canada visait désormais, d'ici 2035, la nouvelle cible de l'Alliance : 3,5 % du PIB pour les dépenses de défense de base, auxquels s'ajouteraient 1,5 % du PIB d'investissements liés à la défense et à la sécurité.

Une refonte engagée sous Justin Trudeau

La dernière politique complète de sécurité nationale remonte à 2004. Intitulée "Protéger une société ouverte", elle avait été publiée par le gouvernement libéral de Paul Martin.

Deux ans avant l'annonce actuelle, Justin Trudeau avait demandé aux responsables de préparer une nouvelle stratégie pour 2025. Celle-ci devait réunir dans un même cadre la sécurité nationale, la défense et la position diplomatique canadienne, avec la participation de Canadiens de tout le pays. Le premier ministre souhaitait également un réexamen tous les quatre ans pour maintenir le texte à jour et l'adapter aux besoins.

Mais les travaux se sont heurtés à une remise en cause de leurs fondements au début de 2025. Dans une note interne adressée en mars à Mark Carney, John Hannaford, alors greffier du Conseil privé, expliquait que de nombreuses hypothèses n'étaient "plus valables". L'évolution de l'environnement stratégique canadien avait rendu obsolètes certaines prémisses du projet.

Cette note suivait de quelques jours la victoire de Mark Carney à la tête du Parti libéral. Les États-Unis imposaient alors des droits de douane aux produits canadiens, tandis que le président Donald Trump menaçait à plusieurs reprises de transformer le Canada en État américain.

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