Gilets jaunes de retour à Laon : une trentaine de manifestants mobilisés sur le rond-point de l'Europe

Sept ans après le début du mouvement, une trentaine de gilets jaunes ont occupé samedi matin le rond-point de l'Europe à Laon pour dénoncer la hausse des prix et la perte de pouvoir d'achat, dans le cadre d'une mobilisation nationale.

Karim Bensaïd

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Un retour symbolique sept ans après

Samedi 17 octobre 2026, dès 9 heures du matin, une trentaine de gilets jaunes ont investi le rond-point de l'Europe à Laon, préfecture du département de l'Aisne. Sept ans après les premières manifestations du 17 novembre 2018, qui avaient mobilisé environ 300 000 personnes à travers la France contre la hausse des taxes sur le carburant, les protestataires ont choisi de revenir sur les ronds-points qui avaient marqué les débuts de ce mouvement populaire.

Laurent, présent dès les premiers jours de mobilisation en 2018, avait ressorti son gilet floqué du slogan devenu emblématique « Macron démission ». Sa colère contre le Président reste intacte. « La situation est encore pire qu'avant : le carburant est plus cher, on a du mal à se nourrir, il était vraiment temps de ressortir les gilets jaunes », affirme-t-il. Une affirmation corroborée par les chiffres : le prix du diesel a bondi de 1,64 euro le litre en janvier 2026 à environ 2,33 euros mi-octobre, tandis que l'essence atteignait 2,21 euros le litre.

« On ne veut pas la lune, juste le minimum »

Danny, elle aussi mobilisée depuis 2018 sur le rond-point laonnois, partage cette indignation.

On n'est pas anticapitaliste. On ne veut pas la lune, juste le minimum, de quoi vivre décemment et pouvoir faire des projets, dans un environnement apaisé
, explique-t-elle. Cette revendication d'un niveau de vie décent reflète le caractère du mouvement des gilets jaunes, né spontanément dans les zones rurales et périurbaines, porté par des classes populaires et moyennes se sentant économiquement marginalisées.

Nathalie et Christophe étaient également présents ce samedi matin.

On en a marre de travailler plus pour gagner moins. Ce n'est pas normal qu'arriver au 15 du mois, on n'est déjà plus rien
, dénoncent-ils. Leur ras-le-bol trouve écho dans les données économiques : selon la Banque de France, le pouvoir d'achat des ménages a reculé de 0,4 % en 2026, les prix à la consommation ayant augmenté de 3 % sur un an tandis que les salaires progressaient à un rythme plus lent. « Il y a de plus en plus de gens précaires, ce n'est plus possible, ça ne peut pas continuer comme ça », ajoutent-ils.

Un appel national mais une mobilisation décevante

Cette mobilisation à Laon s'inscrivait dans un mouvement national plus large. Des appels à manifester le 17 octobre avaient circulé pendant des semaines sur les réseaux sociaux, listant entre 761 et plus de 1 750 lieux de rassemblement prévus à travers le pays. La mobilisation devait rassembler non seulement les gilets jaunes, mais aussi des lycéens, étudiants, syndicats, agriculteurs, pompiers, enseignants et personnels de santé, avec des prévisions de 50 000 à 100 000 participants hors de Paris.

À Laon, ville d'environ 24 000 habitants, la faible participation a déçu de nombreux manifestants. Ils regrettaient particulièrement l'absence de lycéens, alors que l'appel national visait précisément à créer une convergence entre les différents mouvements de protestation. Pour Dominique Lestrat, figure du mouvement anarchiste dans l'Aisne,

le changement ne peut venir que de la rue. Pour moi, les élections ne changeront rien, les élus sont tous des privilégiés et aucun ne fera un vrai partage des richesses
.

Richard, à ses côtés, tempère ces propos tout en reconnaissant la nécessité de l'action : « Il faut aller voter c'est important, mais il est vrai qu'il faut que ça bouge. »

Un symbole qui persiste

Malgré le nombre limité de participants, les manifestants sont restés déterminés tout au long de la matinée. Chaque coup de klaxon des automobilistes passant près d'eux ravivait leur énergie. Le gilet jaune haute visibilité, que la loi française oblige tout automobiliste à conserver dans son véhicule en cas d'urgence, continue de symboliser cette protestation née sur les routes et les ronds-points du pays.

En début d'après-midi, constatant que leurs rangs ne grossissaient pas, les gilets jaunes ont mis fin à leur rassemblement. Mais ils se disent prêts à recommencer si nécessaire, refusant de baisser les bras face à une situation économique qu'ils jugent insoutenable.

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