Commerces et logements vacants : l'opposition dit non aux taxes
La ville de Laon, préfecture de l'Aisne, fait face à un problème de vacance immobilière qui s'aggrave d'année en année. Selon les chiffres de l'Insee, la commune comptait en 2023 plus de 1500 logements vacants, représentant 11,2 % de son parc immobilier. Cette proportion dépasse largement la moyenne nationale de 8,2 %, où la France recense 3,1 millions de logements vides.
Le phénomène n'est pas nouveau à Laon. Les statistiques révèlent une progression constante puisque ces logements n'étaient que 1436 en 2013. Cette augmentation s'inscrit dans un contexte démographique préoccupant : la population de la ville décline depuis 1975, passant de 27 901 habitants à 24 220 en 2023, soit une perte d'environ 13 % sur près de cinq décennies. Entre 2017 et 2023, le déclin s'est poursuivi au rythme de 0,4 % par an.
Une taxe controversée depuis 2011
Face à cette situation, la municipalité dirigée alors par Antoine Lefèvre avait décidé en 2011 d'instaurer une taxe sur les logements vacants, dans l'objectif d'inciter les propriétaires à remettre leurs biens sur le marché. Antoine Lefèvre, qui a exercé les fonctions de maire de 2001 à 2017 avant de démissionner pour conserver son siège au Sénat, avait ainsi mis en œuvre cet outil fiscal.
Cette taxe sur les logements vacants s'applique dans les zones dites tendues, où la demande de logement excède l'offre. Le mécanisme prévoit un taux de 17 % de la valeur locative cadastrale la première année, qui passe à 34 % les années suivantes pour les propriétés restées vides pendant au moins un an. Au niveau national, les communes situées hors de ces zones tendues peuvent appliquer une taxe d'habitation sur les logements vacants, mais uniquement après deux années de vacance.
Un contexte immobilier difficile
La structure du marché immobilier laonnois ajoute à la complexité du problème. La ville se caractérise par une forte proportion de locataires : 66,2 % des résidents sont locataires, tandis que seulement 33,4 % sont propriétaires. Par ailleurs, 54 % du parc de logements date d'avant 1971, témoignant d'un patrimoine vieillissant qui peut nécessiter des rénovations importantes.
L'augmentation de la vacance s'inscrit également dans une tendance nationale inquiétante. Entre 2005 et 2023, le nombre de logements vacants en France a progressé 2,3 fois plus rapidement que l'ensemble du parc immobilier, avec une augmentation moyenne de 2,5 % par an. Depuis 1990, la vacance a bondi de 60 % à l'échelle du pays.
Aujourd'hui, cette politique fiscale suscite l'opposition des élus locaux qui contestent le maintien de ces taxes sur les logements et commerces vacants. Le débat illustre la difficulté pour les collectivités de trouver un équilibre entre la nécessité de revitaliser le tissu urbain et les contraintes pesant sur les propriétaires dans un contexte de déclin démographique structurel.






