Dette française : Moody's laisse la note Aa3 et la perspective négative inchangées

La dégradation attendue n'a pas eu lieu. Vendredi 23 octobre, Moody's n'a engagé aucune action sur la notation de la France, qui reste un cran au-dessus de celles de Fitch et S&P. L'agence fonde son appréciation sur l'adoption d'un budget réduisant le déficit en 2027.

Marc Delcourt

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Un statu quo qui ne préjuge pas de la prochaine décision

La France conserve auprès de Moody's la note Aa3, correspondant à un crédit de "bonne" qualité, assortie d'une perspective négative. Une baisse, généralement anticipée, l'aurait alignée sur les évaluations de Fitch et S&P : ces deux agences notent la dette souveraine française A+ avec perspective stable, selon France 24 et La Tribune.

Moody's prend toutefois soin de préciser la portée de sa publication : elle "n'annonce pas une action de notation de crédit et ne constitue pas une indication quant à la probabilité d'une action de notation de crédit dans un avenir proche".

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué ce maintien, qui "déjoue les pronostics déclinistes". Le ministère des Finances y voit, pour sa part, le reflet de la "crédibilité du budget présenté par le gouvernement dans le projet de loi de finances pour 2027, qui vise à maintenir nos finances publiques sur la voie du redressement", rapporte Zonebourse.

Le budget de 2027 au centre de l'appréciation

L'évaluation de Moody's repose sur plusieurs hypothèses : l'adoption d'un budget pour 2027 permettant de réduire le déficit, ainsi qu'une certaine modération des coûts de financement et des tensions sociales au cours des prochains mois. Le texte budgétaire est encore en discussion au Parlement, tandis que la France redoute, samedi 24 octobre, une nouvelle journée de violences et de pillages.

La capacité du gouvernement à faire adopter ses choix budgétaires était déjà au premier plan des préoccupations de l'agence. Plus tôt en octobre, Moody's avait désigné la faculté de l'exécutif à surmonter la "fragmentation au Parlement" comme le principal facteur de sa prochaine décision de notation, selon Zonebourse.

Sur X, Sébastien Lecornu a souligné "l'action des forces politiques qui, sans majorité, ont accepté d'ouvrir le débat sur le budget dans un calendrier normal". Il y voit un signal montrant "à nos prêteurs qu'il existe un chemin" et a réaffirmé l'objectif d'un déficit public de 5 % du PIB, rapporte France 24.

Depuis avril, des prévisions budgétaires moins favorables

La note Aa3 remonte au 13 décembre 2024. Moody's lui a ajouté une perspective négative le 24 octobre 2025, sans modifier cette appréciation lors du cycle de notation du 10 avril 2026, rappelle La Tribune.

En avril, l'agence avait maintenu sa note alors que les conditions paraissaient réunies pour un abaissement, notamment après la suspension de la réforme des retraites. Elle avait mis en avant un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025, inférieur à sa prévision, qui rendait à ses yeux l'objectif de 5 % pour 2026 plus accessible, selon France 24.

Les projections pour 2026 se sont depuis dégradées : France 24 fait état d'un déficit attendu à 5,4 % du PIB, contre les 5 % visés. L'inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre et l'Insee a ramené sa prévision de croissance annuelle à 0,4 %.

Pour 2027, la dette publique devrait atteindre 121,7 % du PIB. La charge des intérêts à acquitter cette année-là s'élèverait à 91 milliards d'euros, d'après les chiffres rapportés par France 24.

Des taux d'emprunt au plus haut depuis 2002

La publication de Moody's intervient aussi après une hausse des rendements de la dette française. Jeudi, celui de l'obligation à dix ans a franchi 5 % pour la première fois depuis 2002. Il a atteint 5,14 %, un sommet depuis juillet 2002, avant de terminer la séance à 5,07 %. L'écart de rendement avec les obligations allemandes, qui mesure la prime de risque française, a touché son plus haut niveau depuis quinze ans, selon France 24 et Zonebourse.

Mike Bell, de RBC BlueBay Asset Management, évoque un risque supplémentaire après l'élection présidentielle. Dans le scénario où Moody's, S&P et Fitch abaisseraient toutes trois la France à BBB, juste au-dessus de la catégorie spéculative, les investisseurs soumis à des seuils de notation pourraient être contraints de vendre leurs titres. Ces ventes pourraient accentuer la pression sur la dette française, avertit-il auprès de Zonebourse.

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