RDC : Un people américain, proche de Donald Trump, blessé par balles en jouant le mercenaire dans l'est du Congo
L'Américain Tim Kennedy, 47 ans, ancien membre des forces spéciales et ancien champion d'arts martiaux mixtes, a été blessé à la jambe lors d'une embuscade tendue par des rebelles dans l'est de la République démocratique du Congo à la mi-septembre. Né le 1er septembre 1979, Kennedy s'est engagé dans l'armée américaine en janvier 2004 après les attentats du 11 septembre 2001, a complété sa formation de forces spéciales en 2005 et a servi au sein du 7e groupe des forces spéciales. Il s'est retiré de la compétition professionnelle de MMA en 2016 avec un bilan de 18 victoires et 6 défaites.
L'attaque a eu lieu dans la province du Sud-Kivu, où des troupes congolaises, soutenues par des soldats burundais ainsi que des «techniciens» colombiens et «des blancs», selon plusieurs témoignages, sont tombées dans une embuscade orchestrée par les rebelles de l'AFC/M23 et le mouvement Twirwaneho. Kennedy travaillait pour la société de sécurité privée de l'entrepreneur américain Erik Prince.
Un autre mercenaire, le Néo-Zélandais Justin Conaglen, ancien membre du prestigieux New Zealand Special Air Service, a perdu la vie dans cette même embuscade. Ces informations ont été révélées par des enquêtes du New York Times et de l'agence Reuters.
Après avoir été blessé, Kennedy a été évacué vers Bujumbura au Burundi, puis transféré à Johannesburg en Afrique du Sud. Il se trouve actuellement aux États-Unis où il reçoit des soins au Walter Reed National Military Medical Center dans le Maryland. Cet établissement militaire, surnommé «l'hôpital du président», est le plus grand centre médical militaire multiservices au monde avec plus de 2,4 millions de pieds carrés d'espaces cliniques. Depuis Franklin D. Roosevelt dans les années 1940, tous les présidents américains y ont reçu des soins médicaux. Le choix de cet hôpital prestigieux pour traiter Kennedy souligne ses liens avec les hautes sphères gouvernementales.
Le retour des mercenaires au Congo
L'incident de septembre illustre une fois de plus le rôle central des mercenaires dans le conflit qui déchire l'est congolais depuis des décennies. Cette région riche en minerais est le théâtre d'un conflit enraciné dans des tensions non résolues remontant au génocide rwandais de 1994. À ce jour, plus de 7 millions de personnes ont été déplacées par les combats.
En janvier 2025, lors de la chute de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, aux mains des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda entre le 23 et le 30 janvier, des centaines de mercenaires principalement roumains et moldaves avaient été contraints de déposer les armes. Selon les données disponibles, plus de 280 mercenaires ont été capturés et 2 ont été tués lors de cette offensive. Ces hommes, recrutés par le Franco-Roumain Horațiu Potra à travers des sociétés comme RALF ou Congo Protection, avaient pour mission officielle de former l'armée congolaise, de piloter des drones, de coordonner l'artillerie et de protéger les axes stratégiques ainsi que l'aéroport de Goma.
Rapidement, leur rôle a glissé du conseil vers le combat direct. Plusieurs rapports d'organisations non gouvernementales ont documenté leur implication dans des affrontements meurtriers aux côtés de l'armée congolaise et des milices d'autodéfense locales connues sous le nom de Wazalendo. Au sein du gouvernement de Kinshasa, des voix se sont élevées pour dénoncer l'inefficacité de ces troupes, incapables d'endiguer la rébellion malgré les millions de dollars investis entre 2022 et janvier 2025.
L'empire d'Erik Prince
Quelques mois après la débâcle de Goma, d'autres mercenaires sont apparus plus au sud, face à la progression des rebelles. Cette fois, c'est le nom d'Erik Prince qui est au centre des opérations. Kennedy et Conaglen travaillaient pour la société de cet ancien membre des Navy SEAL, héritier d'une riche famille du Michigan.
Prince a fondé Blackwater en 1997, une entreprise qui s'est imposée comme «l'armée privée la plus puissante du monde». La société a dû changer plusieurs fois de nom, notamment après le massacre de la place Nisour à Bagdad le 16 septembre 2007. Ce jour-là, des agents de Blackwater escortant un convoi diplomatique ont ouvert le feu sur des civils, tuant 17 Irakiens et en blessant 20 autres. Après des années de procédures judiciaires, quatre agents ont été condamnés en 2014, l'un à la prison à vie et trois à 30 ans de prison pour meurtres et homicides volontaires. Les quatre hommes ont été graciés par Donald Trump le 22 décembre 2020.
Les liens entre Prince et l'administration Trump sont étroits. Sa sœur, Betsy DeVos, a occupé le poste de secrétaire à l'Éducation du 7 février 2017 au 8 janvier 2021 lors du premier mandat présidentiel de Trump. Sa nomination avait nécessité un vote historique de départage du vice-président Mike Pence, la première fois qu'un vice-président brisait une égalité sur une nomination de membre du Cabinet. Kennedy lui-même avait publié des photos en compagnie du président républicain.
Après avoir vendu Blackwater en 2010, Prince a rapidement relancé ses activités dans le secteur de la sécurité et de la guerre privée à travers sa nouvelle entreprise Vectus Global. Il prône ouvertement une forme de néo-colonialisme, justifiant sa position dans son podcast «Off Leash» :
Il est temps que les États-Unis endossent de nouveau le costume impérialiste et disent qu'ils vont gouverner ces pays incapables de le faire eux-mêmes, tous ces gouvernements africains qui ne pensent qu'à piller et à se remplir les poches.
On retrouve Vectus Global en Haïti, au Salvador, au Pérou et en Équateur, avec des missions allant de la lutte contre le trafic de drogue à l'expulsion de migrants ou à la guerre contre les groupes armés. Selon des informations rapportées par le New York Times, Prince aurait obtenu un contrat de mercenariat de 750 millions de dollars en République démocratique du Congo, lié aux opérations au cours desquelles Kennedy a été blessé et Conaglen a trouvé la mort.
Présence belge et stratégie congolaise
Fin 2024, Erik Prince a signé avec le ministre congolais des Finances Doudou Fwamba un partenariat visant officiellement à collecter des taxes minières et à réduire la contrebande transfrontalière. En RDC, ses hommes ont été repérés à Kisangani dans le nord du pays, où ils sont décrits comme des «Colombiens chargés de diriger les drones qui ciblent les rebelles de l'AFC/M23». Ils sont également présents plus au sud, à Kalemie dans la province du Tanganyika, frontalière du Burundi.
Plusieurs témoignages burundais indiquent que les hommes de Prince opèrent également depuis leur pays, l'aéroport de Bujumbura servant de base pour la livraison de matériel militaire.
En janvier 2026, Prince s'est rendu à Bruxelles à l'invitation de l'ambassadeur américain Bill White. L'homme d'affaires et son hôte ont tenté d'entrer en contact avec le ministère belge des Affaires étrangères. Selon une source diplomatique européenne, Prince a rencontré un diplomate belge spécialiste de l'Afrique, mais le ministre des Affaires étrangères a décliné l'invitation.
Pour obtenir les faveurs de Kinshasa, Prince a pu compter sur les calculs du président congolais Félix Tshisekedi. Incapable de vaincre les rebelles avec une armée en difficulté et des soutiens peu fiables, le chef d'État congolais a renoué avec une société de sécurité privée en excellents termes avec la Maison-Blanche. Tshisekedi demeure convaincu que cette alliance avec les États-Unis constitue la meilleure stratégie pour neutraliser les mouvements rebelles dans l'est du pays et consolider son pouvoir.
Le conflit dans l'est du Congo, alimenté par les richesses minérales et les tensions régionales, a déplacé environ 5,3 millions de personnes et fait des milliers de morts. Les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont conquis Goma fin janvier 2025 et Bukavu dans le Sud-Kivu en février 2025, démontrant leur capacité à défier l'autorité de Kinshasa malgré la présence de mercenaires internationaux.






