Le blanc et les fleurs, dès les premières heures
Le reportage publié le lundi 21 octobre 1996 donne la mesure de l'affluence bien avant le départ. À 11 heures, alors que la manifestation ne doit commencer que trois heures plus tard, les boulevards Léopold II et Jacqmain accueillent déjà plus de 20 000 personnes. D'autres participants continuent d'arriver par les gares.
À 12 h 30 environ, la foule empêche déjà de rejoindre les abords du podium réservé aux prises de parole des parents qui organisent la marche. Le blanc domine : des milliers de ballons, des vêtements, des visages maquillés et des casquettes portant les photos de Julie et Mélissa. Les deux journalistes relèvent surtout la présence des fleurs, des œillets aux marguerites en passant par les roses blanches.
Des parents à l'origine d'une mobilisation record
Quelques semaines auparavant, le 13 août 1996, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre avaient été arrêtés. Comme le rappelle VRT NWS, Laetitia Delhez et Sabine Dardenne ont été retrouvées vivantes. Les recherches ont en revanche conduit à la découverte, dans des propriétés de Dutroux, des corps de Julie et Mélissa, mortes de faim, puis de ceux d'An et Eefje.
Plusieurs parents d'enfants disparus ont ensuite appelé à une marche silencieuse et apolitique. Le 20 octobre, le défilé s'est déroulé pacifiquement, sans calicot ni slogan politique. La VRT souligne que la majorité des personnes présentes n'avaient encore jamais manifesté.
Les participants ont marché de la gare du Nord à la gare du Midi. La Croix rapporte deux estimations : 250 000 personnes pour la police et 325 000 pour les organisateurs. Pour le trentième anniversaire, la RTBF, la VRT et Ouest-France retiennent une participation supérieure à 300 000 personnes, un record dans un pays comptant environ 10 millions d'habitants.
Devant la gare du Midi, des milliers de bouquets blancs ont recouvert une stèle portant le nom des victimes, raconte Ouest-France. Le quotidien présente cette journée comme la première marche blanche de l'histoire et lui attribue l'inspiration de centaines de rassemblements similaires en Belgique et en France.
Des engagements politiques aux réformes
Le soir de la marche, le Premier ministre Jean-Luc Dehaene a reçu les parents. Selon La Croix, il a annoncé une révision de la Constitution belge destinée à rendre la justice plus efficace et plus humaine. Il a également promis une enquête Dutroux sans "entraves du côté politique".
La VRT rattache à cette mobilisation plusieurs changements institutionnels : la création du parquet fédéral et du tribunal de l'application des peines (TAP), ainsi que la mise en place d'une police intégrée à deux niveaux. La RTBF précise que la réforme policière a fait disparaître la gendarmerie.
En 1998, la loi Franchimont a accru les droits des victimes. D'après la RTBF, elle a aussi retiré au juge d'instruction sa qualité d'officier de police judiciaire, renforçant ainsi son indépendance à l'égard du parquet. La VRT situe un an plus tard la naissance du Conseil supérieur de la Justice et de Child Focus.
Les condamnations dans l'affaire Dutroux
La Croix rappelle que Marc Dutroux a été condamné le 17 juin 2004 à la prison à perpétuité pour les assassinats de Julie, Mélissa, An et Eefje. Son épouse et complice Michelle Martin a été condamnée à trente ans de réclusion, puis a bénéficié d'une libération conditionnelle en août 2012.






