L'armée israélienne rejette les accusations du documentaire « Naza » sur ses méthodes à Gaza
L'armée israélienne a publié jeudi une réponse en 17 pages aux accusations portées dans le documentaire Naza, réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor. Le film, qui examine l'automatisation des processus militaires utilisés dans la bande de Gaza, continue de susciter une vive controverse en Israël.
Récompensés en 2025 par l'Oscar du meilleur documentaire pour No Other Land, un film sur les activités de colons israéliens en Cisjordanie coréalisé avec des cinéastes palestiniens, Abraham et Szor ont mené des entretiens avec 24 officiers de renseignement et soldats israéliens ayant participé aux opérations à Gaza pour leur nouveau projet. Naza, terme d'argot militaire israélien désignant les dommages collatéraux, a été produit par The Guardian et bénéficie du soutien du cinéaste oscarisé Jonathan Glazer en tant que producteur exécutif.
Le documentaire a reçu une ovation de 25 minutes lors de sa première au Festival de Venise, où il a remporté le Prix spécial du jury. Pourtant, le film n'a pas été diffusé en Israël, et ses réalisateurs sont désormais qualifiés de « traîtres » dans certaines parties du pays.
La réponse de Tsahal
Dans son communiqué, l'armée israélienne conteste la méthodologie du film :
Il s'agit de témoignages de personnes anonymes qui, en général, décrivent des expériences relevant d'une étape initiale et limitée d'un processus en comportant bien d'autres. Il en résulte une description de la réalité erronée et hautement trompeuse.Tsahal affirme également que les réalisateurs n'ont pas sollicité de commentaires avant la publication de leur documentaire.
L'armée défend ses pratiques en insistant sur le fait que les civils, explicitement distingués des combattants dans les règles militaires, ne sont pas délibérément ciblés. Les responsables militaires seraient tenus de prendre des mesures pour minimiser les dommages causés aux populations civiles. L'armée réfute catégoriquement avoir ordonné une frappe pouvant causer jusqu'à 500 morts civils pour une cible militaire, comme le suggère le documentaire.
Le système Lavender et l'intelligence artificielle
Concernant le système d'intelligence artificielle Lavender évoqué dans le film, l'armée précise qu'il ne constitue
pas une liste de cibles approuvées pour des frappeset que toutes les opérations demeurent sous contrôle humain. Selon des investigations menées par +972 Magazine et Local Call, ce système aurait identifié jusqu'à 37 000 Palestiniens comme militants présumés durant les premières semaines de la guerre, avec un taux d'erreur estimé à environ 10 % selon des sources anonymes.
Le documentaire s'inscrit dans un contexte où plusieurs grandes organisations non gouvernementales internationales ainsi qu'une commission d'enquête de l'ONU, dirigée par l'ancienne Haut-Commissaire aux droits de l'homme Navi Pillay, ont qualifié les opérations israéliennes à Gaza de « génocide ». En septembre 2025, cette commission a conclu qu'Israël avait commis quatre des cinq actes génocidaires définis par la Convention sur le génocide de 1948.
L'utilisation de systèmes d'intelligence artificielle pour la génération de cibles n'est pas nouvelle pour l'armée israélienne, qui avait déjà déployé de telles technologies lors du bombardement de Gaza en mai 2021, opération que les militaires israéliens avaient alors décrite comme leur première « guerre de l'IA ».
Le débat autour de Naza reflète les divisions profondes au sein de la société israélienne sur la conduite des opérations militaires à Gaza et soulève des questions cruciales sur l'automatisation de la guerre et ses implications pour la protection des civils.

