Engie s'oppose fermement à la renégociation rétroactive des contrats photovoltaïques dans le budget 2027

Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, a qualifié de « ligne rouge » la volonté du gouvernement de renégocier rétroactivement les contrats de soutien aux centrales solaires, mettant en garde contre les risques pour la confiance des investisseurs.

Isabelle Renard

3 min de lecture

lake-efd75aab-9969-45d9-8a3d-52dd89fc7e31-0.jpg

Budget 2027 : pour Catherine MacGregor la rétroactivité sur le soutien aux renouvelables est "une ligne rouge"

La directrice générale d'Engie, Catherine MacGregor, a exprimé mardi une opposition frontale à la proposition gouvernementale de renégocier rétroactivement certains contrats de soutien aux installations photovoltaïques. S'exprimant lors du sommet sur la compétitivité organisé par POLITICO, elle a martelé que « la parole de l'État, les contrats qu'on a avec l'État, doivent être respectés », qualifiant la rétroactivité de « ligne rouge ».

Ces déclarations interviennent alors que les parlementaires entament l'examen du projet de loi de finances pour 2027, qui prévoit de renégocier des contrats historiques conclus entre 2006 et 2010. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de s'attaquer à des « rentes » jugées excessivement coûteuses pour les finances publiques. L'exécutif espère économiser environ 120 millions d'euros en 2027 grâce à cette renégociation, tout en maintenant l'enveloppe publique consacrée au soutien des énergies renouvelables stable à 9,5 milliards d'euros.

Des tarifs historiques jusqu'à six fois supérieurs aux niveaux actuels

Les contrats visés présentent des tarifs d'achat pouvant atteindre 600 euros par mégawattheure, alors que les nouvelles installations bénéficient aujourd'hui de tarifs de soutien inférieurs à 100 euros par mégawattheure. Cette différence s'explique notamment par l'effondrement du coût des installations photovoltaïques, divisé par quatre depuis 2006 selon les documents budgétaires.

Selon la ministre de l'Énergie Maud Bregeon, ces contrats signés entre 2006 et 2012 absorbent 20% des subventions publiques dédiées aux renouvelables tout en ne représentant que 5% de la capacité installée. Un déséquilibre que le gouvernement juge insoutenable dans le contexte actuel.

La stabilité contractuelle, enjeu de compétitivité européenne

Catherine MacGregor a défendu l'idée que les contrats bien conçus ne constituent pas des rentes mais « des projets qui apportent quelque chose d'utile à la société ». Elle a également rappelé que ces contrats peuvent rapporter à l'État lorsque les prix de l'électricité remontent sur les marchés.

Au-delà du cas spécifique de ces contrats, la dirigeante d'Engie a insisté sur l'importance stratégique d'un cadre réglementaire stable pour attirer les investisseurs.

Aujourd'hui, le monde est tellement bouleversé que, finalement, les pays qui arrivent à donner confiance aux investisseurs, ils sont presque plus rares
, a-t-elle argumenté. Selon elle, l'Union européenne possède un avantage comparatif précisément parce qu'« elle ne change pas très vite, elle offre une stabilité ».

Cette stabilité revêt une importance particulière pour Engie, qui depuis l'arrivée de MacGregor à sa tête en janvier 2021, a porté sa capacité installée en renouvelables et stockage à 57,2 gigawatts en 2025, visant 95 gigawatts d'ici 2030. Le groupe, dont le gouvernement français détient 23,64% du capital, a enregistré 82,56 milliards d'euros de revenus et 2,21 milliards d'euros de bénéfice net en 2023.

Un précédent contesté en 2021

La France a déjà tenté une démarche similaire dans la loi de finances 2021, ciblant 800 contrats d'installations de plus de 250 kilowatts datant de la période 2006-2010, avec l'espoir d'économiser 350 à 400 millions d'euros annuellement. Des parlementaires avaient alors saisi le Conseil constitutionnel, mais celui-ci avait validé le droit du gouvernement à renégocier les contrats pour économiser de l'argent public destiné à financer de nouveaux investissements dans les énergies renouvelables.

Le contexte énergétique actuel renforce la pression gouvernementale. La France a connu 513 heures de prix négatifs sur le marché de l'électricité en 2025, contre 352 heures en 2024, avec déjà 300 heures enregistrées au premier semestre 2026. Cette situation pousse l'exécutif à étendre les dispositions d'arrêt de production pendant les périodes de prix négatifs.

Face aux critiques, le ministère de l'Énergie réaffirme que « le cadre légal a toujours prévu une rémunération raisonnable » et que pouvoir renégocier des contrats n'a « rien d'exceptionnel ». Un argument qui ne convainc manifestement pas les acteurs industriels, pour qui la prévisibilité des engagements de l'État reste un pilier fondamental de leurs décisions d'investissement.

Union européenneInflationBudget fédéral
← Retour à Énergie