Trump dîne avec le patron d'Anthropic après des mois de tensions avec le Pentagone

Le président américain a confirmé sa rencontre avec Dario Amodei, PDG d'Anthropic, deux jours après qu'une cour d'appel a validé la classification de l'entreprise d'IA comme risque pour la chaîne d'approvisionnement militaire.

Sarah Willems

3 min de lecture

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Une rencontre pour apaiser les tensions

Donald Trump a rencontré dimanche soir Dario Amodei, le patron d'Anthropic, qu'il a qualifié de « très respecté », marquant ainsi une possible détente après des mois de conflit ouvert entre son administration et la start-up d'intelligence artificielle.

« Ce soir, je dîne avec le patron d'Anthropic », a déclaré le président à la presse à son arrivée sur la base militaire d'Andrews, près de Washington, précisant que le repas aurait lieu à 22h. « Ce sont de longues journées, mais je semble tenir le coup », a-t-il plaisanté. Il s'agissait de la première rencontre en tête-à-tête entre les deux hommes.

Une classification sans précédent

Cette rencontre intervient deux jours après qu'une cour d'appel fédérale a validé la décision du Pentagone de classer Anthropic comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », une classification sans précédent pour une entreprise américaine. Cette désignation, jusqu'alors réservée aux adversaires étrangers ayant des liens documentés avec des gouvernements hostiles, interdit désormais à l'armée américaine d'utiliser les modèles d'IA de l'entreprise.

La décision marque un retournement de situation spectaculaire. En juillet 2025, Anthropic avait signé un contrat de 200 millions de dollars avec le Pentagone, devenant ainsi le premier laboratoire d'IA à intégrer ses modèles de pointe dans les flux de travail de missions sur des réseaux classifiés.

Une rupture sur des questions éthiques

Les négociations contractuelles ont rompu en février 2026 sur une clause autorisant l'utilisation de Claude, le système d'IA d'Anthropic, pour « tout usage légal ». L'entreprise craignait que cette formulation générale permette le déploiement de son IA pour la surveillance de masse intérieure et le ciblage létal dans des systèmes d'armes entièrement autonomes. La start-up s'était fait sanctionner après avoir refusé que ses outils servent à de telles applications, malgré les pressions de l'administration Trump.

Le président avait alors balayé les réserves éthiques émises par l'entreprise, qualifiant ses dirigeants de « cinglés de gauche ». Mi-septembre encore, il raillait Dario Amodei, l'accusant de « faire semblant d'être un parfait petit ange » après l'appel du patron d'Anthropic à ralentir le développement de l'IA compte tenu des risques de perte de contrôle de cette technologie.

L'approche distinctive d'Anthropic

Dario Amodei, qui a cofondé Anthropic en 2021 avec sa sœur Daniela après avoir quitté OpenAI où il était vice-président de la recherche et avait contribué au développement de GPT-2 et GPT-3, défend une approche distinctive. Claude est entraîné selon la méthode de l'« IA constitutionnelle », une technique développée par Anthropic pour améliorer la conformité éthique et juridique de ses systèmes.

Des rebondissements juridiques

La bataille juridique a connu des rebondissements. En août 2026, un juge fédéral en Californie avait jugé illégale la désignation d'Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement, qualifiant cette décision de « représailles illégales » violant le Premier Amendement et la jugeant « arbitraire et capricieuse ». Cette victoire juridique initiale a été annulée par la cour d'appel vendredi dernier.

Le Pentagone prévoit désormais de remplacer Claude par des modèles d'IA d'autres fournisseurs tels que Grok de SpaceX, Gemini de Google et GPT d'OpenAI. Cette décision intervient alors qu'Anthropic, valorisée à 965 milliards de dollars après une levée de fonds de 65 milliards en mai 2026, est devenue plus précieuse qu'OpenAI, évaluée à 852 milliards de dollars.

Une absence remarquée

L'absence de Dario Amodei au dîner d'État offert jeudi au président chinois Xi Jinping avait été remarquée. La plupart des grands dirigeants américains de l'IA y assistaient, dont Sam Altman d'OpenAI, Jensen Huang de Nvidia, Sundar Pichai de Google, Elon Musk de Tesla et SpaceX, Jeff Bezos d'Amazon, Mark Zuckerberg de Meta et Tim Cook d'Apple.

Malgré les inquiétudes croissantes de l'industrie elle-même sur les risques de l'IA, le gouvernement américain estime que les principaux acteurs du secteur ne peuvent pas se permettre de ralentir, de peur que la Chine ne prenne l'avantage dans cette course technologique stratégique.

Donald Trump et le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, doivent recevoir mardi les principaux patrons américains de l'IA pour discuter de l'avenir du secteur.

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