Deux restrictions en préparation
David Clarinval a présenté ses intentions à la Chambre le jeudi 22 octobre 2026, lors de réponses à Nathalie Muylle (CD&V), Axel Ronse (N-VA) et Sarah Schlitz (Ecolo-Groen). Le ministre libéral prépare une loi contre les abus du régime des flexi-jobs.
Pour un salarié qui quitte un temps plein pour travailler à quatre cinquièmes, le délai avant de pouvoir exercer un flexi-job passerait de six à douze mois. Le ministre souhaite également rendre les flexi-jobs incompatibles avec la perception d'une allocation de maladie ou d'invalidité.
Cette seconde mesure irait au-delà de la proposition récente du ministre des Affaires sociales, qui envisageait d'autoriser ce cumul pendant six mois au maximum avec l'accord du médecin-conseil. "Pour moi, cela ne va pas assez loin. Je plaide en faveur d'une interdiction générale de cumul", a déclaré David Clarinval.
Le ministre défend le rôle des flexi-jobs comme source de revenus complémentaires pour les travailleurs et de flexibilité pour les entreprises. Il insiste toutefois sur leur vocation : s'ajouter à l'emploi régulier, et non s'y substituer.
Un dispositif élargi depuis juillet
Né en 2015 dans l'Horeca, le régime a connu sa cinquième extension le 1er juillet 2026. Il est désormais ouvert à tous les secteurs, sauf ceux qui ont choisi de s'en exclure, comme l'agriculture. Le plafond annuel de revenus est passé de 12 000 à 18 000 euros et la cotisation patronale s'établit à 28 %.
Les revenus d'un flexi-job ne donnent pas de droits au chômage et ne sont pas pris en compte pour la pension, aucune cotisation sociale n'étant prélevée sur ces revenus. Ce travail complète un statut qui ouvre déjà ces droits, celui de salarié à quatre cinquièmes ou de pensionné.
Selon les chiffres rapportés par la RTBF, la Belgique recensait 212 000 flexi-jobs au troisième trimestre 2025, pour 156 000 travailleurs : une même personne peut en occuper plusieurs.
Des réductions d'horaires envisagées et déjà pratiquées
Publiée le 22 octobre 2026, l'enquête de Partena Professional porte sur 1 000 travailleurs belges. Parmi ceux qui prévoient d'exercer un flexi-job dans les douze mois suivants, 22 % comptent diminuer leur activité principale pour le faire. La proportion varie selon le statut : 43 % chez les ouvriers, 19,2 % chez les employés et 10,2 % chez les fonctionnaires.
L'enquête distingue ces intentions des changements déjà intervenus. Parmi les personnes ayant occupé un flexi-job durant les douze mois précédents, 17,3 % disent avoir réduit leur temps de travail dans leur emploi principal pour cette raison.
Chez les personnes qui envisagent un flexi-job, l'intention de réduire leurs horaires concerne 31,9 % des moins de 35 ans, contre 13,3 % des 35-54 ans. Elle est aussi plus fréquente chez les hommes, à 28,6 %, que chez les femmes, à 15,3 %.
Le gain net domine les motivations des personnes ayant exercé un flexi-job au cours des douze derniers mois ou envisageant d'en exercer un : 59,4 % citent d'abord la possibilité de gagner davantage en net qu'avec un emploi ordinaire. Viennent ensuite la flexibilité, avec 22,9 %, l'expérience dans un autre secteur, avec 9,1 %, et la variété du travail, avec 8,6 %.
Le risque de substitution au centre des critiques
Pour Stijn Baert, économiste du travail à l'UGent, les résultats de Partena Professional constituent "la première véritable indication du remplacement, redouté depuis longtemps, du travail régulier par les flexi-jobs". Il qualifie cet effet d'éviction de problématique.
Bert Engelaar, président du syndicat ABVV-FGTB, estime lui aussi que l'enquête confirme pleinement les craintes de substitution au travail régulier. Le "Plan B" du syndicat propose d'aligner les cotisations patronales des flexi-jobs sur celles des emplois ordinaires. L'organisation évalue les recettes supplémentaires à 380 millions d'euros par an.
Une évaluation du régime a par ailleurs été lancée en juillet 2026 par le ministre du Budget, Vincent Van Peteghem (CD&V). Selon The Brussels Times, il a évoqué une perte potentielle de 500 millions d'euros pour 2025, liée à la baisse des recettes fiscales et des cotisations sociales.

