Plan cancer 2026-2036 : une approche globale saluée, mais des interrogations sur le financement
Dix-huit ans après le lancement du dernier plan national en 2008, la Belgique se dote d'une nouvelle stratégie de lutte contre le cancer pour la période 2026-2036. Un délai marquant, puisque la dernière évaluation du plan précédent remonte à 2013, laissant un vide stratégique de près de deux décennies. Cette nouvelle feuille de route arrive dans un contexte sanitaire préoccupant : le cancer constitue la deuxième cause de mortalité chez les adultes belges après les maladies cardiovasculaires, avec 72 680 nouveaux cas diagnostiqués en 2022, un taux d'incidence supérieur à la moyenne européenne.
34 actions prioritaires, mais quel budget ?
Le plan fixe 34 actions prioritaires, mais sans budget global défini. Une approche qui suscite des interrogations chez les acteurs de terrain. Brecht Gunst, directeur de la recherche à la Fondation contre le Cancer, une organisation centenaire fondée en 1924 et qui consacre environ 60 % de ses ressources à la recherche scientifique, reconnaît la complexité de la situation budgétaire.
« Nous comprenons qu'il est difficile de prendre des engagements pour les dix prochaines années », admet-il, tout en rappelant avoir perçu, lors des échanges avec le cabinet ministériel, une volonté de dégager les moyens nécessaires, action par action.
Le contexte budgétaire belge pour 2026 témoigne effectivement de contraintes importantes : le budget des soins de santé s'élève à environ 41,3 milliards d'euros, soit une augmentation de 1,566 milliard d'euros par rapport à 2025. Dans ce cadre, le secteur pharmaceutique devrait contribuer à hauteur de 227,9 millions d'euros. Des ressources limitées pour répondre à des besoins croissants, alors que les projections européennes annoncent une augmentation des cas de cancer de près de 4 millions en 2020 à plus de 5 millions par an d'ici 2040.
Une approche holistique saluée
« Les priorités sont bonnes et plusieurs mesures nous enthousiasment », souligne Brecht Gunst. La Fondation salue notamment l'approche holistique du plan, qui considère le patient dans sa globalité plutôt que de se concentrer uniquement sur les aspects strictement médicaux. Cette vision s'inscrit dans la continuité des efforts belges en matière de lutte contre le cancer : depuis 2008, les programmes de soins oncologiques multidisciplinaires sont obligatoires dans le pays, régis par des indicateurs de structure et de volume qui imposent la participation de plusieurs spécialités médicales aux comités de tumeurs.
Des progrès reconnus au niveau européen
La Belgique a d'ailleurs renforcé son dispositif ces dernières années. En juillet 2019, les interventions chirurgicales complexes pour les cancers du pancréas et de l'œsophage ont été concentrées dans des centres reconnus, avec un remboursement exclusif par l'assurance maladie nationale. Par ailleurs, le pays fait figure d'exemple au niveau européen en ayant créé en 2021 un groupe miroir du Plan européen pour vaincre le cancer, coordonné par le Centre du cancer de Sciensano et rassemblant plus de 400 experts, dont des représentants de patients. Une structure que peu d'États membres de l'Union européenne ont mise en place.
Ces efforts ont porté leurs fruits : la mortalité par cancer a significativement diminué au cours de la dernière décennie en Belgique, se situant désormais en dessous de la moyenne européenne. Entre 2011 et 2021, les taux de mortalité ont reculé de 21 % chez les hommes et de 15 % chez les femmes. Des résultats encourageants qui renforcent l'importance de maintenir un investissement soutenu dans la lutte contre cette maladie qui reste la deuxième cause de décès dans le pays.
Place à la mise en œuvre
« Il faut maintenant passer à la mise en œuvre, nous y serons particulièrement attentifs », prévient Brecht Gunst. La Fondation contre le Cancer entend ainsi jouer son rôle de vigie pour s'assurer que les bonnes intentions se traduisent par des actions concrètes et financées. L'enjeu est de taille : transformer une stratégie ambitieuse en améliorations tangibles pour les dizaines de milliers de patients diagnostiqués chaque année en Belgique.




