La Belgique adopte un nouveau Plan cancer pour répondre à l'augmentation des cas
Le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) a dévoilé vendredi le nouveau Plan cancer belge, fruit d'une collaboration entre 86 organisations comprenant des hôpitaux universitaires, des sociétés scientifiques, des associations de patients, l'Inami et Sciensano. Cette initiative intervient dix-huit ans après le dernier plan national de mars 2008, qui comprenait 32 initiatives spécifiques organisées autour de trois axes : la prévention et le dépistage, les soins et le soutien aux patients, ainsi que la recherche et l'innovation technologique.
Une augmentation préoccupante des diagnostics
L'ampleur du défi justifie cette mise à jour stratégique. En 2022, le pays a enregistré 76 220 nouveaux diagnostics de cancer, dont 41 774 chez les hommes et 34 446 chez les femmes. Ces chiffres révèlent une tendance préoccupante : 64% des diagnostics concernent des personnes âgées de 65 ans ou plus, reflétant le vieillissement démographique. L'année 2023 a même établi un nouveau record avec 78 416 diagnostics, le nombre le plus élevé depuis une décennie. Sur vingt ans, l'incidence du cancer a progressé de 21% entre 2004 et 2022.
Les projections pour 2035 accentuent l'urgence d'agir. Le Registre belge du cancer prévoit une augmentation de 21% du nombre de diagnostics annuels, passant de 77 344 cas en 2023 à environ 93 328 d'ici 2035. Cette hausse touchera davantage les hommes, avec une progression attendue de 24% (de 42 140 à 52 350 cas), contre 16% chez les femmes (de 35 204 à 41 000 cas). Ces estimations justifient pleinement la mise en place d'une stratégie nationale renouvelée.
La Belgique au-dessus de la moyenne européenne
Le contexte belge présente des particularités par rapport au reste de l'Europe. Avec un taux d'incidence standardisé par âge d'environ 750 pour 100 000 habitants chez les hommes et 561 chez les femmes en 2022, la Belgique se situe au-dessus de la moyenne européenne (686 et 484 respectivement). Actuellement, 474 411 personnes vivent avec un cancer diagnostiqué entre 2013 et 2022, soit quatre Belges sur cent, dont 240 333 hommes et 234 078 femmes.
Des avancées thérapeutiques majeures
Le paysage oncologique a profondément évolué depuis 2008. Les thérapies ciblées et l'immunothérapie ont transformé certains traitements, tandis que l'intelligence artificielle perfectionne les méthodes de dépistage. La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) ouvre même la perspective d'éradiquer certains types de cancer. Des données internationales montrent l'efficacité remarquable de cette vaccination : en Écosse, aucun cas de cancer du col de l'utérus n'a été enregistré chez les femmes vaccinées à 12 ou 13 ans, et les études indiquent une réduction de 90% du risque chez les femmes complètement vaccinées.
Malgré l'augmentation des diagnostics, les progrès thérapeutiques portent leurs fruits. Sept patients sur dix sont désormais en vie cinq ans après leur diagnostic, contre 60% il y a une décennie. Chez les femmes, les taux de survie approchent même 80%, témoignant des avancées significatives dans la prise en charge.
Une infrastructure solide pour la décennie à venir
Le nouveau plan bénéficie de l'infrastructure mise en place avec le Centre du cancer de Sciensano, créé en 2008 dans le cadre du plan précédent. Cet organisme assure le suivi et l'évaluation de la politique oncologique, élabore de nouvelles mesures de contrôle du cancer et agit comme instance scientifique consultative. Le Registre belge du cancer, établi en 2005 avec des données fiables pour la Flandre depuis 1999 et pour l'ensemble du pays depuis 2004, fournit les données épidémiologiques essentielles à cette planification.
Cette stratégie décennale vise à adapter les ambitions nationales aux connaissances scientifiques actuelles, aux technologies disponibles et aux besoins concrets des patients, dans un contexte de vieillissement démographique et d'augmentation continue de l'incidence du cancer.






