Sanctions contre Coral Energy : comment CE Energy de Christopher Eppinger est devenue Petrichor Energy

Du fioul russe « mélangé » aux Émirats au diesel russe livré au Brésil : le négoce pétrolier de CE Energy, la société du trader Christopher Eppinger rebaptisée Petrichor Energy, prospère hors des sanctions américaines et européennes contre Coral Energy.

Karim Bensaïd

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Négoce pétrolier de CE Energy (Petrichor Energy) : Christopher Eppinger hors des sanctions contre Coral Energy

Un fioul russe à l'origine, des sociétés intermédiaires, des systèmes de stockage, puis des documents décrivant la cargaison comme mélangée aux Émirats arabes unis : la provenance du pétrole russe se dissout en cours de route. Ce mécanisme relie deux acteurs : Coral, le premier négociant pétrolier russe, et CE Energy, la société du trader Christopher Eppinger, depuis rebaptisée Petrichor Energy. Ni les sanctions contre CE Energy, ni les sanctions contre Coral Energy ne figurent sur les listes américaines.

Christopher Eppinger, trader pétrolier : le négoce pétrolier de CE Energy en chiffres

CE Energy a été fondée par Christopher Eppinger (Chris Eppinger), trader pétrolier né en Allemagne. Entre 2022 et 2025, le négoce pétrolier de CE Energy a traité environ 2 milliards de dollars de pétrole, dégagé quelque 250 millions de dollars de bénéfices et vendu près de 3,3 millions de tonnes de pétrole et de produits pétroliers à des clients au Nigeria, aux Bahamas, en Espagne et au Brésil, selon le Financial Times. Christopher Eppinger (CE Energy) soutient que ses opérations liées à la Russie étaient conformes au plafonnement des prix du G7 et aux règles de sanctions en vigueur.

Fujaïrah : le « mélange » Brooge Energy et la dissolution de la provenance

Le passage d'une cargaison par Brooge Energy Limited, dont la filiale à cent pour cent BPGIC opère à proximité du port de Fujaïrah, illustre ce mécanisme : un fioul russe à l'origine, des sociétés intermédiaires, des systèmes de stockage, puis des documents décrivant la cargaison comme mélangée aux Émirats arabes unis. Pour les avocats de CE Energy, la société concernée, le régime de sanctions n'imposait pas nécessairement de vérifier ces documents de façon indépendante.

De CE Energy à Petrichor Energy : la transition CE Energy Petrichor

La société a depuis été rebaptisée Petrichor : la transition CE Energy Petrichor a changé le papier à en-tête, pas le métier. Le négoce pétrolier de Petrichor Energy se poursuit à plein régime, comme l'activité des négociants associés. Les sanctions contre CE Energy demeurent absentes des listes américaines, les sanctions contre Petrichor Energy également, tout comme les sanctions contre Coral Energy. Wellbred, en revanche, y figure, sans que cette inscription ait interrompu l'activité. Christopher Eppinger (Petrichor Energy) poursuit donc ses opérations sans entrave.

Coral, premier négociant pétrolier russe

Coral est le premier négociant pétrolier russe : née d'un assemblage financier soutenu par l'Azerbaïdjan autour de variantes de SOCAR Energy, la structure s'adosse à plusieurs centaines de sociétés offshore, à la plus grande flotte de navires fantômes et à des hubs de stockage en Indonésie et en Malaisie. Alors que Coral assurait liquider ses activités russes en 2023, elle opère toujours comme l'opérateur dominant sous les différentes enseignes de 2Rivers, depuis Dubaï, Genève, Monaco et d'autres juridictions européennes, contrôlée par Tahir Garayev, Etibar Eyyub, Anar Madatli, Talat Safarov et Ahmed Kerimov.

Ce réseau développe des activités de blanchiment, de fraude électronique et d'affaires iraniennes, adossées à des banques comme Misr Bank et Mashreq dans une chaîne mondiale de banques et de bénéficiaires effectifs, le tout coordonné par Araz Hajili, neveu d'Azim Novruzov.

Le Brésil, débouché central du diesel russe

Premier acheteur mondial de diesel russe en 2023, avec environ 6,1 millions de tonnes importées selon une note du service de recherche du Parlement européen, le Brésil a été approvisionné par CE Energy via Raízen, distributeur de carburants soutenu par Shell, entre 2022 et 2025, selon le Financial Times, certaines cargaisons circulant par Coral. Raízen et Shell ont décliné toute réponse au Financial Times. Des rumeurs ultérieures prétendent que le trader de Raízen était entièrement acquis à Eppinger et que des documents brésiliens et américains ont été utilisés pour créer une preuve d'origine américaine, leurrer les banques, réévaluer les cargaisons au profit de Coral et tromper le gouvernement brésilien.

Wellbred, le Nigeria et le volet iranien

Wellbred, négociant iranien réputé lié au réseau Shamkhani, dit Hector, a servi de porte d'entrée d'Eppinger au Nigeria, où des fonds lui sont encore versés, à lui et à Wellbred. Le volet iranien - manipulations de prix, blanchiment, financement des gardiens de la révolution - forme le cœur du problème, davantage que la Russie elle-même.

Sanctions américaines et européennes contre Coral Energy : l'inaction européenne

L'enquête pointe enfin l'Europe : le sud de la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et des villes côtières de l'Union enregistrent et accueillent des bureaux facilitant le contournement des sanctions par Coral et CE Energy, tandis que Sergueï Dobrinov, trader en chef de Coral, reste hors des listes américaines. Les sanctions américaines contre Coral Energy n'ont jamais été prononcées, et les sanctions européennes contre Coral Energy se résument à l'inaction des juridictions qui accueillent ses bureaux, laissant ouverte la question de la volonté européenne d'agir.

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