Des accusations contestées et un débat sur l'interdiction de LFI
Aux accusations du gouvernement, La France insoumise répond que le pouvoir cherche à détourner l'attention de ses propres échecs. Le président du Sénat Gérard Larcher a porté cet affrontement sur le terrain d'une éventuelle interdiction du parti. Dans un entretien au Figaro du 19 octobre 2026, il a déclaré que cette question "peut être posée", estimant que LFI "tient une grande part de responsabilité dans le discours de haine". Il a également évoqué le recours à l'état d'urgence et déclaré qu'il "faut réfléchir au maintien" de la grève intersyndicale du 5 novembre.
LFI s'appuie notamment sur une enquête publiée par Mediapart le 19 octobre. Selon celle-ci, des agents du renseignement territorial auraient reçu pour consigne d'attribuer au parti l'origine du mouvement. Un commissaire affirme qu'il lui était demandé "texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement, alors que c'est objectivement faux". Le 20 octobre, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a annoncé saisir la Cour de justice de la République contre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
La possibilité juridique d'une dissolution ne signifie pas qu'une telle mesure serait validée. Interrogé par La Voix du Nord le 22 octobre, le juriste Nicolas Hervieu, de Sciences Po, explique qu'un parti peut relever de la procédure de dissolution administrative d'association prévue à l'article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure. Le Conseil d'État l'a confirmé dans l'affaire Civitas en décembre 2024.
Dans les circonstances actuelles, une dissolution de LFI serait toutefois "très probablement" suspendue, puis annulée par le Conseil d'État, selon Nicolas Hervieu. Il invoque l'absence de preuve d'une provocation à des agissements violents ainsi que la protection constitutionnelle dont bénéficient les partis.
Des milliers de commerces touchés, un bilan judiciaire en hausse
La mobilisation contre la vie chère avait été lancée à la mi-septembre par des lycéens dénonçant les manquements de l'éducation. Les violences survenues en marge de ce mouvement les 17 et 18 octobre ont touché au moins 3 000 commerces à travers le pays. Selon le ministère de la Justice et les autorités, les dégradations et les pillages représentent des pertes estimées à plusieurs centaines de millions d'euros.
Les bilans communiqués par Gérald Darmanin rendent compte de l'évolution des suites judiciaires. Le 19 octobre, le ministre de la Justice annonçait 2 513 gardes à vue et 67 incarcérations après les violences du 17 octobre. Le 21 octobre, il faisait état de 174 personnes incarcérées et de 917 personnes poursuivies.
D'après son ministère, environ 70 % des personnes placées en garde à vue étaient majeures et la grande majorité étaient des hommes. Parmi les premiers prévenus jugés figurent des étudiants, des salariés et des personnes déjà condamnées, sans qu'apparaisse "aucun profil type". La procureure de Paris a indiqué ne pas pouvoir confirmer une motivation politique d'ultragauche.
Couvre-feux, aide aux commerces et maintien de l'ordre
À l'issue d'une cellule interministérielle de crise, le 19 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé des couvre-feux "localisés", notamment à Paris, Lyon, Nice et dans le Nord. Pour les commerces touchés, il a également annoncé une prise en charge du chômage partiel à 100 % dès le lendemain, ainsi qu'un fonds de soutien spécifique.
Laurent Nuñez a reconnu une "perte de contrôle" dans certaines villes le 17 octobre. Le ministre de l'Intérieur a aussi révélé avoir présenté sa démission, qu'Emmanuel Macron a refusée. Le dispositif mobilisait 60 000 policiers et gendarmes, soit un effectif inférieur à celui engagé lors de mobilisations comparables.
Les enjeux électoraux face aux attentes sociales
Dans son éditorial publié par L'Union le 22 octobre, Nicolas Fostier analyse cette confrontation comme une course aux bénéfices électoraux de la crise. Selon lui, les accusations permettent déjà à LFI de se présenter en victime et de rassembler autour d'elle une gauche divisée. Le Rassemblement national, qui participe aux critiques, cherche de son côté à apparaître comme le seul capable de rétablir l'ordre, adoptant ainsi une posture présidentielle.
L'éditorialiste oppose ces stratégies aux préoccupations des habitants effrayés et des citoyens qui souhaitent pouvoir manifester en sécurité, vivre de leur salaire et assurer l'avenir de leurs enfants. Il estime que la place prise par les affrontements entre partis relègue les revendications sociales au second plan, sans répondre à ces attentes.
Nicolas Fostier met aussi en garde contre les conséquences démocratiques de ce décalage : si les extrêmes peuvent espérer bénéficier de la crise, le discrédit des partis risque, selon lui, d'accroître la défiance et l'abstention. Il cite à ce propos Albert Camus : "toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme".
Le calendrier des mobilisations prévoit de nouveaux rendez-vous. Les gilets jaunes ont appelé à un "acte II" les samedis 24 et 31 octobre 2026. Une grève intersyndicale réunissant la CFDT, la CGT, FO, l'Unsa et la FSU est prévue le 5 novembre.





